Ma première chasse au dindon sauvage.

Par Éric Guay

C’est à l’automne 2008 que mon intérêt pour le dindon sauvage a débuté alors que je venais de déménager de Québec à Ottawa. En effectuant mes déplacements sur l’autoroute 417 en Ontario, entre Ottawa et Rigaud au Québec, j’apercevais de temps à autre des taches noires sur deux pattes dans les champs et ça a rapidement piqué ma curiosité de chasseur. Je me suis donc mis à faire des recherches pour conclure que c’était en fait des dindons sauvages et qu’il était possible de les chasser!

Comme par hasard, cette année-là je passais la période des fêtes dans la région des Cantons de l’Est. À mon grand étonnement, j’y aperçu également des dindons. Il n’en fallait pas plus pour que le 26 décembre, alors que les gens magasinaient pour le Boxing Day, moi, je faisais de la prospection et je m’informais en vue d’obtenir des permissions chez les agriculteurs du coin. À la fin de cette prospection, j’avais aperçu quatre à cinq troupeaux de dindons, j’avais deux permissions en poche et j’avais trouvé un chalet pour l’hébergement. Il ne restait plus maintenant qu’à intéresser mes partenaires de chasse et à suivre le cours obligatoire pour obtenir l’attestation de formation de chasse au dindon sauvage (http://www.fedecp.qc.ca/index.php/sous-menu-formation/cours). Ce cours peut être suivi de deux façons : en classe avec un professeur, ou en ligne sur Internet. À l’époque, j’avais grandement apprécié suivre ce cours en classe. Bien que le contenu du cours soit le même en classe que sur Internet, l’échange avec les moniteurs, la possibilité de voir et d’essayer les différents appeaux, de regarder les appelants, de discuter avec les autres participants m’ont permis de faciliter mon introduction à cette nouvelle chasse.

Après la formation suivie à la fin janvier, venait le temps de continuer ma préparation pour cette nouvelle chasse. Une partie importante de cette préparation consistait à acheter du nouveau matériel. Suivant bien des questionnements, j’avais finalement acheté des appelants (deux femelles et un mâle juvénile), deux appeaux (bouton poussoir et ardoise) et des munitions appropriées. Avec l’attestation en poche et le matériel acheté, il ne restait maintenant qu’à pratiquer quelques « calls » et à attendre l’ouverture de la chasse dans quelques semaines.

Début mai, la veille de l’ouverture, nous étions tous réunis (5 chasseurs) dans le chalet que nous avions loué pour l’occasion. La fébrilité était palpable dans le groupe, tout en étant mélangée à beaucoup d’incertitude et de scepticisme quant à la possibilité d’obtenir du succès à notre première journée de chasse au dindon. Tous y sont allés de leurs prédictions, et nous avions pris quelques gageures pour ajouter un peu d’engagement à nos prédictions personnelles! Pour ma part, je me disais que je serais content d’en entendre ou d’en apercevoir un, mais j’avais peu d’attentes sur la possibilité d’en récolter un. En fait, je me disais qu’en récolter un pour le groupe serait déjà tout un exploit1. Il faut dire que nous étions dans la zone de chasse 5 est, et que les densités de dindon étaient à cette époque moins élevées que dans le sud de la zone 8, reconnue pour avoir les meilleures densités au Québec. Les discussions sont demeurées animées tout au long de la soirée. Avant d’aller se coucher, on attitrait les terrains de chasse à la courte paille. Il était 23:30 et nous devions nous lever à 3:00 a.m.

Le lendemain matin, après une courte nuit de sommeil, j’étais habillé en camouflage de la tête aux pieds, en train de m’installer dans le champ qui m’avait été attitré pour ce premier avant-midi2 de chasse au dindon. N’ayant pas eu l’occasion de le prospecter la veille, et me fiant uniquement à la description des lieux qu’on m’avait faite, je me suis placé au fond du champ, en pleine noirceur. Je ne savais pas trop où me positionner. J’ai finalement choisi un endroit, à la limite du champ et d’un boisé, qui me donnerait la possibilité de voir les dindons sur 270 degrés. J’aurais aussi pu me placer directement dans le bois, mais comme il faisait beau et qu’il n’y avait pas de vent, je me suis dit que les dindons sortiraient du bois pour venir se nourrir de grains de maïs, une nourriture qu’ils affectionnent particulièrement.

Je me suis donc construit une cache simple avec une toile camouflage dans laquelle j’ai percé un trou pour faciliter l’observation. Ensuite, j’ai placé mes trois appelants (deux femelles et un mâle immature) à environ 35 verges devant ma cache. Comme les dindons entendent et voient très bien, j’avais choisi cette distance afin de ne pas les forcer à venir trop près de moi et aussi afin de m’assurer d’avoir un bon patron pour ma gerbe de plombs lorsque j’effectuerais mon tir. On m’avait tellement parlé de la méfiance du dindon que je pensais qu’ils me verraient cligner des yeux au travers de ma toile camo!

Mon installation terminée, je suis revenu m’asseoir au sol dans ma cache. J’ai sorti mes appeaux, une ardoise (slate) et un bouton poussoir (push botton call). J’ai placé les cartouches dans mon fusil et j’ai fermé les yeux. Je pouvais donc dormir un peu, puisque le soleil ne se lèverait que dans une heure. Une demi-heure plus tard, dès le début du lever du jour, j’entendis de puissants glouglous provenir de la forêt, à environ 300 m de moi, sur ma droite. À ce moment-là, une grande joie et un grand stress m’ont envahi simultanément. C’était exactement les mêmes émotions qu’à la récolte de mon premier orignal. Vous imaginez le portrait!  J’avais jusqu’à maintenant tout fait ce qu’il fallait pour arriver à cet instant. Toutefois, comment allais-je maintenant procéder pour attirer ce mâle dans ma direction? Ne sachant pas trop comment m’y prendre avec l’ardoise et ayant davantage peur d’effrayer le dindon en l’utilisant que de le séduire, j’ai pris mon appeau bouton poussoir et j’ai commencé à effectuer de timides purr et yelp. Le purr est un son doux qui signale que les dindons sont détendus. Il est normalement entendu quand ils se nourrissent. Les yelps sont les appels de la femelle. Ces deux sons sont faciles à produire avec cet appeau.

Quelle ne fut pas ma surprise, après une demi-heure à effectuer mes appels, de voir apparaître, à 100 m sur ma droite, une femelle suivie d’un superbe mâle mature en pleine parade nuptiale! Je n’en croyais pas mes yeux. Il avait le torse gonflé, une longue barbe3 bien apparente, la queue en éventail comme un paon, le cou rouge et bleu bien allongé et les ailes bombées afin de paraître plus gros. Tout en restant à une vingtaine de pieds derrière la femelle, il paradait dans toutes les directions en exposant et rétractant sa queue en alternance. Définitivement, une belle scène de chasse.

Les deux dindons s’avançaient tranquillement dans ma direction, mais ils n’avaient pas encore aperçu les appelants. Quelques instants plus tard, le mâle les aperçut et se dirigea tranquillement vers eux tout en continuant à faire sa parade nuptiale. Les deux dindons se trouvèrent rapidement près des appelants, à portée de tir. Un peu énervé, j’ai épaulé mon fusil, et après avoir contemplé pour une dernière fois le mâle avec sa queue en éventail, j’ai lancé un putt. Le putt est un cri d’alarme. Lorsqu’il entend un putt, le dindon étire le cou pour voir d’où vient le danger, exposant ainsi sa zone vitale située entre la base du cou et la tête. J’ai finalement appuyé sur la détente afin de propulser les 2 onces et demie de plomb #4 vers sa zone vitale. Toutefois, le dindon ne tomba pas par terre. Il se mit plutôt à courir avec la femelle. Comme sa zone vitale n’était plus exposée, je n’étais plus en mesure d’effectuer un autre tir. Les deux dindons disparurent rapidement de mon champ de vision, alors que je restais sur place, la bouche béante, à me demander ce qui venait de se passer.

Après maintes analyses, la seule hypothèse que j‘ai pu trouver pour expliquer cet échec était que je n’avais pas le bon étranglement sur mon fusil. Du moins, jusqu’à récemment, c’était la seule chose qui m’apparaissait logique. En fait, j’avais un étranglement déconseillé pour la chasse au dindon, soit un étranglement modifié. Vous allez me demander pourquoi je chassais le dindon avec un étranglement modifié? La raison est simple. Ne sachant pas si la chasse au dindon entrerait dans mes chasses annuelles, et ayant déjà dépensé quelques centaines de dollars pour cette chasse, je n’avais pas voulu faire le dernier achat, soit un étranglement extra plein pour mon .12. Aujourd’hui, je crois que c’est la combinaison d’un mauvais choix d’étranglement et d’un mauvais tir qui m’on fait rater cette récolte. En y repensant pour la 50e fois, je crois que j’ai visé le haut du cou et la tête au lieu des caroncules bulbeuses à la base du cou. Donc, en combinant un tir trop haut avec un étranglement trop ouvert, je ne pouvais faire autrement que de manquer mon gibier. Toutefois, la partie n’était pas terminée!

Une heure plus tard, je me réinstallais au même endroit avec Christian, un partenaire de chasse qui avait récolté notre premier dindon une demi-heure auparavant. J’empruntais alors son fusil qui avait un étranglement extra plein… Je me suis placé derrière une petite butte de terre et Christian s’est placé un peu en retrait pour faire les appels. Après une heure d’appels composés de yelps courts et de purrs, deux mâles juvéniles sortaient du bois derrière nous et se dirigeaient calmement vers les appelants. Ils étaient moins impressionnants que le mâle précédent en parade nuptiale, mais ils ont quand même fait monter mon adrénaline. Christian a arrêté de faire les appels, et moi je me préparais à effectuer mon tir. À ce moment-là, les appelants avaient fait leur travail et il n’était plus nécessaire d’effectuer d’appels. Toujours derrière la butte de terre, j’épaulais tranquillement le fusil, mais comme j’arrivais pour presser la détente, une marmotte est apparue au bout de mon canon! Vous avez bien lu, une marmotte! Il m’a fallu plusieurs secondes afin d’enlever la marmotte de ma ligne de tir sans me faire voir par les deux dindons. Finalement, un bang et quelques plumes plus tard, mon premier dindon était récolté. J’étais tout simplement fou de joie et très fier de ma prise.

Chasseur et résident dans la région d‘Ottawa/Gatineau, je suis votre nouveau chroniqueur sur Chasse Québec pour le dindon sauvage. Je vous invite à venir visiter de temps à autre la section dindon sur le site internet. D’autres articles ou capsules vidéo consacrés au dindon sauvage feront leur apparition prochainement.

Glou!

1 En moyenne le succès de chasse au dindon sauvage est d’environ 25%.

2 Au Québec, la chasse est permise d’une demi-heure avant le lever du soleil jusqu’à midi.

3 À noter qu’en vertu de la réglementation actuelle, seul un dindon portant une barbe peut être récolté. Les dindons portant des barbes sont à 97% des mâles.


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